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Google News critiqué (hypocritement) par les éditeurs : les journaux français s'apprêtent à riposter !

Google News critiqué (hypocritement) par les éditeurs : les journaux français s'apprêtent à riposter !

Google News (Google Actualités en français) a vu le jour en 2002 avec un objectif simple : proposer, aux Internautes, une source d'actualités mise à jour en temps réel. Pour cela, Google s'appuie sur un ensemble de sites d'actualités, qu'un robot visite régulièrement afin de référencer les dernières actualités publiées. Ainsi, le géant de Mountain View est capable de proposer une sélection d'actualités chaudes classées par thèmes, en fournissant le titre ainsi qu'un court extrait de chaque article. Chaque visiteur peut, bien entendu, se rendre sur le site de l'éditeur s'il souhaite consulter l'article complet.

Si la solution semblait intéressante, à la fois pour l'utilisateur, ayant un accès rapide à l'actualité, mais aussi pour les éditeurs, disposant d'une nouvelle source de visites, certains membres de la presse papier n'ont cessé crier leur mécontentement depuis l'ouverture du service de Google. Leur reproche est simple : le moteur de recherche indexe leur contenu sans payer de « redevance », en leur rapportant « seulement » des visiteurs. Autre revendication : la possibilité d'accéder, à partir du cache de Google, à des articles devenus payants depuis leur publication. Surtout, le géant de la recherche touche des revenus publicitaires grâce aux articles qu'il référence sur son site. Selon ces éditeurs, sans ce contenu, le service d'actualités de Google ne pourrait exister, donc ils doivent être rémunérés. CQFD.

En 2006 déjà, les journaux belges décidaient d'attaquer Google par l'intermédiaire de Copiepresse, organe chargé de défendre les droits des éditeurs belges. Quelques années plus tard, en 2008, la société récidivait et attaquait à nouveau Google pour violation des droits d'auteurs. Il y a un an, c'était au tour des journaux italiens de lancer un pavé dans la marre par le biais de l'Association des Editeurs Italiens, estimant que Google ne permettait pas de choisir suffisamment les modalités de diffusion des articles. Une tension qui atteignait son paroxysme en fin d'année dernière lorsque Rupert Murdoch, magna de la presse, annonçait qu'il envisageait de désindexer ses sites du moteur de recherche. Et la liste est très loin d'être exhaustive.

Si on peut comprendre certaines revendications des concernés, Google Actualités se révèle pourtant être une source de visiteurs non négligeable, de l'ordre de 10 à 20% du trafic journalier d'un site, voire plus certains jours. Une source de visiteurs qui génère obligatoirement des revenus publicitaires, tout en permettant  de vendre des abonnements payants et faire connaître son site. Ainsi, les revenus de ces éditeurs de sites seraient-ils plus élevés sans un référencement dans Google Actualités ? Clairement, je ne pense pas.

L'argument de Google face aux éditeurs, vous l'aurez donc compris, c'est qu'il leur apporte un nombre conséquent de visiteurs. Une défense visiblement insuffisante, puisque ces derniers persistent et continuent d'être las de l'utilisation de leurs articles dans Google News. Pourtant, comme Google l'a signalé à plusieurs reprises, chaque site peut bloquer son indexation du moteur de recherche : qu'il s'agisse d'une simple balise « meta » ou fichier « robot.txt » pour le contenu « Web », voire d'un mail à Google pour le contenu « News », toutes ces solutions permettent d'interdire l'indexation des contenus et leur mise en cache. Alors, comment peut-on à la fois tolérer implicitement le référencement de son contenu – car on sait pertinemment qu'il nous est profitable – puis crier au loup en justifiant que Google gagne de l'argent en les référençant – en espérant toucher une part du pactole ? Pire encore, pourquoi publier de manière publique un contenu payant, alors qu'on ne souhaite justement pas qu'il soit accessible ? Surtout, dans cette optique, un moteur de recherche devrait partager l'ensemble de ses revenus avec chaque site qu'il référence, même s'il l'entretient en redirigeant les Internautes dessus : aberrant, non ? D'autant plus que tous les webmestres s'accorderont à vous le dire : faire connaître un site sans référencement Google est mission impossible.

N'ayant, pour l'instant, toujours pas réussi à plaider leur cause avec succès auprès avec du géant de Mountain View, le Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale a décidé de lancer son propre projet concurrent à Google News. Selon Les Echos, qui rapporte un communiqué publié par le SPQN, ce nouveau moteur de recherche d'actualités aura pour principal objectif... devinez... « la monétisation des contenus Web, menée de concert avec différentes familles de presse ». Déjà prévu pour la fin 2010, il pourrait même proposer aux Internautes « une offre de bouquets payants multi-marques de presse ». On peut logiquement supposer que les membres du syndicat seront référencés sur cet outil, comme Aujourd'hui en France, La Croix, Les Echos, L'Equipe, Le Figaro, France Soir, L'Humanité, International Herald Tribune, Le Journal du Dimanche, Libération, Le Monde, Paris Turf ou encore La Tribune...

En s'émancipant de Google, l'objectif est clair : supprimer un intermédiaire un peu trop tentaculaire et reprendre la main sur le contenu diffusé sur la toile. Sauf que le SPQN oublie un élément essentiel du tableau : l'Internaute. Eh oui, cette solution ne répond à aucune demande de ces derniers, juste à une énième tentative pour contrôler un marché qui a échappé à de nombreux éditeurs « historiques », en créant un outil qu'ils maîtriseront entièrement.

Et c'est pour cette raison que je lui prédis un cuisant échec :

  1. Les Internautes sont-ils prêts à utiliser un moteur de recherche les redirigeant quasi systématiquement vers des contenus payants, lorsque le moteur de recherche concurrent leur propose une liste de sources gratuites bien plus touffue ? Quand bien même certains d'entre eux envisageraient l'idée de payer l'accès à l'information sur Internet, utiliseraient-ils un tel système plutôt que privilégier les sites auxquels ils ont déjà souscrit un abonnement ?
  2. Le moteur de recherche d'actualités ne devrait vraisemblablement regrouper qu'un nombre restreint de sources. A l'heure où la pluralité des opinions et le journalisme citoyen sont adulés, les Internautes y trouveront-ils leur compte ? Ou ne préféreront-ils pas privilégier l'offre de contenus variée proposée par Google News, qui regroupe plus de 25 000 sources différentes ? A en croire Denis Bouchez, qui s'exprime auprès de l'AFP, non, car « l'idée est d'avoir de l'information dont on sait qu'elle est enrichie, crédible, vérifiée, labellisée, déontologiquement produite, etc. ». Doit-on comprendre que les sources d'information gratuites sont dépourvues de déontologie ou de crédibilité ?
  3. Et puis, qui n'a jamais été « agacé », ou s'est plutôt senti « piégé » et « contraint », en arrivant sur la page d'un article référencé sur un moteur de recherche dont le contenu se révèle payant ? Comment cette méthode pourra-t-elle encourager les Internautes à utiliser de telles solutions, alors qu'ils sont fatigués d'être pris pour des vaches à lait ?

Chez Net-Actuality, nous sommes ravis d'être référencés sur Google News, car il nous permet de faire connaître nos articles au plus grand nombre ; et n'est-ce pas l'intérêt d'un article que d'être lu ? Alors arrêtons l'hypocrisie.

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