Première !
Ecrit par cleofide, dans Photo-Hebdo, le 11 septembre 2008, à 00:00.
“A beginning is a very delicate time.”
— Dune


C'est sur cette citation extraite de Dune que je souhaitais vous accueillir dans ce qui sera, je l'espère, un lieu de découvertes artistiques. J'ai hésité à employer le mot « esthétique », car bien que ce ne soit pas une notion aussi subjective qu'on le pense, la définir demanderait des développements qui n'auraient pas trait à ce que l'on attend d'une rubrique « photographie ».

Ayant de l'ambition, je souhaite vous faire voyager au rythme de deux billets par mois dans le monde de la photographie et de la création d'œuvres « esthétiquement sensées ». Partant du principe que la découverte artistique ne doit pas être imposée mais vécue, je m'efforcerai à n'adjoindre que le minimum de commentaires aux artistes et œuvres présentés ici. Art et hermétisme vont ensemble pour la majorité d'entre nous lorsque le thème nous échappe et que nous n'arrivons pas à « entrer » dans le raisonnement de l'artiste. J'essaierai donc en outre, et lorsque la langue le permettra, de partager des interviews permettant une meilleure compréhension des œuvres. Enfin, et bien que cette rubrique me soit chère, je tiens à vous avertir qu'elle ne pourra pas être aussi touffue et étayée que les autres, étant donné l'enseignement dans lequel je me suis engagé. C'est pourquoi je privilégierai la concision à la profusion, et que la rubrique sera plus visuelle que textuelle. Bien loin d'être une rubrique décorative, cela n'empêchera pas une réflexion véritable dans les choix effectués.

Je m'excuse à l'avance du grand défaut que certains me reprochent, à savoir une tendance aiguë à la digression et à la logorrhée. Le fonctionnement de la rubrique sera assez simple, puisque nous fonctionnerons par thème. Une première partie sera, si nécessaire, consacrée aux nouveautés proprement techniques ; la deuxième, plus fournie, à la découverte de talents artistiques. Le ton sera celui de l'effleurement quant à la 1re partie : des sites bien plus compétents et ayant accès aux matériels prennent le soin de le tester pour nous, pas la peine ainsi de perdre du temps à élaborer des tests farfelus et finalement peu utiles.

Avant de commencer, je ne peux m'empêcher de formuler un avertissement à toutes les personnes réticentes, voire allergiques, aux langues étrangères : il est impossible de voyager dans le monde artistique sans être confronté à l'anglais (et souvent bien « pire »). Soucieux de partager un maximum de connaissances à un maximum de personnes, je favoriserai grandement les sites francophones. Cependant, il arrivera que des sites étrangers présentant un fort intérêt technique ou artistique paraissent dans nos lignes. Je prie d'avance les yeux franco-français de m'excuser.


I) Technique

Comme à chaque rentrée, le joyeux photographe, légèrement geek sur les bords pour ceux qui sont concernés, a droit à l'arrivée de ses nouveaux jouets : ô merveille, un nouveau Nikon D90, héritier de son grand frère D300 ; ô joie, un Canon EOS 50D grimpant à 15,1 Mpx, quelle évolution démentielle ! Mais finalement, toute la bave se concentre sur le nouveau Canon EOS 5D (selon les « experts », LE nouvel appareil qui, on en vient à se questionner, déchargera peut-être le photographe de la lourde tâche qu'est prendre une photo). Les vrais photographes (mais aussi les nouveaux, on ne peut pas totalement cracher sur le progrès) y verront quand même un point positif : les prix des anciens modèles vont enfin baisser ! Rendez-vous bientôt pour la Photokina 2008 qui, elle, nous réservera de vraies surprises (enfin, j'espère).

Non, bien sûr, ça ne sera pas toutes les semaines comme ça. On parlera bien sûr de choses VRAIMENT utiles aussi... Mais force est de constater que les mois d'août et de septembre sont complètement envahis de nouveautés pas toujours très originales. C'est un peu à la manière d'Apple : on reste dans l'expectative jusqu'à ce que finalement, on soit vraiment déçu...


II) Enfin ! De l'art...

Nous y voilà enfin ! Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j'ai toujours apprécié les voyages. Bien sûr, je ne peux malheureusement pas en faire autant que je le voudrais ; mais il est un moyen sûr de découvrir une ville. Bien sûr, vous avez Internet, les encyclopédies, les livres et les romans. Mais qu'en est-il vraiment ? Je suis un véritable adepte de la photographie in situ, c'est-à-dire dans les conditions mêmes où elle a été prise. Il n'est rien de plus horrible que ces photographies extrêmement léchées que l'on peut trouver un peu partout sur Internet. Des couchers de soleil extraordinaires, des immeubles pris d'angles suspects et incongrus, des couleurs éclatantes aux mille harmonies ; mais tout cela n'est que du toc ! Bling bling, puisque le mot est à la mode. Sans être question de rusticité, loin de là, il existe encore des photographes qui proposent véritablement une vue fidèle des grandes villes, qui arrivent à nous plonger dans un instant de tranche de vie rurale.

Pour cette première édition, je ne vous propose rien de moins que la plus renommée des villes (peut-être injustement ?), New York City. Oh, je sais, ce n'est franchement pas innovant, mais à vrai dire, cette ville est si photogénique qu'il faudra y revenir à plusieurs fois. Ceci sera donc la première partie.


©Parka - New York City Street

©Laurent Roy - New York City in 1990

©Dr-Gonzo-Lives - New York 12

©otisagabey - Brooklyn Night

©fiona438 - New York

©berrytea - new york city.

©Erinti - New York City I

©anti-pixel - New York Street

©imaginee - ::NEW YORK CITY

©e-wilcox - New York, New York


Merci au grand Manitou qui a très rapidement programmé cette mise en page qui donne à cette rubrique un côté que je trouve très attrayant (oui, je sais, je suis facilement impressionnable...).

Très rapidement, j'axe ce premier contact sur la vie à proprement parler in situ de New York. On ne peut pas dire que ces photos soient des exemples de photographies parfaites. Et pourtant qui pourrait dire qu'il ne s'en dégage pas un certain attrait, peut-être sous-jacent pour certains, mais flagrants pour d'autres. Il est vrai que New York jouit d'une sympathie quasi universelle, mais nous n'avons que trop peu l'occasion de vivre la vie de tous les jours à New York. Alors que Brooklyn Night ne parlera qu'en partie à l'indigène, New York City Street, new york city., et ::NEW YORK CITY (excusez le peu d'imagination des photographes, malgré leur talent...) interpellera toutes personnes ayant déjà eu l'occasion de flâner dans les immenses rues sans fin de New York.

Avec New York City in 1990, je désire d'une part saluer la qualité intrinsèque de cette photo (à savoir une Kodachrome°a que les spécialistes n'auront bien évidemment pas laissé passer), mais surtout la scène qui, bien que n'étant pas fondamentalement originale, réussit parfaitement à véhiculer son message : une civilisation en mouvance, aux croisements des mondes, et diversifiée (couleurs des voitures, piéton mélangé aux flux routiers, eau et terre, etc.). C'est également avec ce type de photographies que l'on peut apprécier un élément typiquement argentique : le grain. En plus d'être des films au rendu particulièrement fidèle, les Kodachrome avaient une forte personnalité qui s'inscrivait dans son grain, inimitable. Regardez un peu les photos exposées sur le lien supra. J'en poste quatre ci-dessous pour que les plus fainéants puissent aussi en profiter, mais vous pouvez bien sûr en trouver des dizaines d'autres sur Internet (cependant, le lien que j'ai mis constitue une rare collection en terme de qualité photographique) :


©justshootit - Rocky River Bike Trail

©justshootit - Berea Falls, Rocky River Reservation


Oui, nous dévions légèrement du sujet, mais cela me semblait être une précision absolument nécessaire. On remarquera que le Kodachrome s'en sort excellemment bien dans les basses et brumeuses lumières. Je m'aventurerais même à dire que s'il ne fallait utiliser qu'un film dans des conditions brumeuses, ce serait le Kodachrome. Certains me diront que la nostalgie n'a pas lieu d'être, car des logiciels tels que DxO FilmPack existent. M'enfin, cela n'a rien de comparable ! Testez vous-mêmes et vous verrez ! Certes, sur l'écran on arrive peut-être à une ressemblance à peu près fidèle, mais l'impression papier sera absolument dégueulasse !

Recentrons-nous un peu sur le sujet et parlons des deux petits bijoux que sont New York City I et New York Street. Tout d'abord, je tiens à préciser qu'on discute les goûts et les couleurs. Ce n'est pas une plaisanterie : leur essence même fait que ces deux notions doivent être établies, analysées, et finalement critiquées. Ce n'est pas pour autant que vous devez les trouver jolies (ces deux photos), bien sûr que non. On pourra seulement faire remarquer que toutes deux se servent du flou pour d'une part rendre la vue moins agressive, et donc la rendre en quelque sorte onirogène (en effet, une prise plus nette les aurait rendues absolument banales, et agressives), mais également joindre les couleurs (chaudes dans les deux cas) afin de former une espèce d'harmonie des tons. Que ce soit le taxi ou le bus, ils ne choquent pas la vue et s'intègrent dans un paysage rassurant, calme, voire familier. Alors que dans New York City I on nous présente un New York tranquille et doux (apprivoisé ?), New York Street nous fait rentrer délicatement dans un urbanisme humanisé et chaleureux. Quel plus bel hommage pouvons-nous rendre à une ville telle que New York ?

C'est sur cette douce note d'optimisme modéré que nous nous quittons. Il est évident que si vous aviez des demandes ou des suggestions à formuler quant à cette rubrique, j'en prenais note immédiatement.

°a : le Kodachrome est film inversible qui était d'une qualité exceptionnelle. Il se caractérisait surtout par des contrastes prononcés tout en conservant une fidélité relative aux couleurs tout à fait surprenante. Comme bien des films, il devient de plus en plus rare et cher (et le développement n'a plus lieu qu'aux États-Unis, ce qui n'arrange rien...)