
Le Web français tremble. Le Web français a peur. Le Web français est inquiet. Le Web français n'a plus le moral. Le Web français est en émoi. Le web français est en ébullition.
Si le Web est dans un tel état, si une guerre froide s'est engagée entre le Web et notre gouvernement, si le Web s'apprête à imploser, c'est à cause d'elle. Oui, elle ! La terrifiante, l'infâme, que dis-je, l'innommable riposte graduée.
Il était une fois...
C'est le 30 juin 2006 que la loi
Droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information donne naissance à la réponse graduée, très rapidement surnommée « riposte graduée » par ses
nombreux quelques détracteurs. L'objectif est alors limpide : stopper, supprimer, anéantir, voire éradiquer, le piratage. Comment ? En mettant en place des sanctions proportionnées, allant de l'envoi d'un e-mail d'avertissement à la coupure de l'abonnement Internet de l'infâme pirate.
Pourquoi tant de haine ?
La riposte graduée, c'est avant tout l'histoire d'un bébé chéri par ses parents, et détesté par les autres.
En mai, la
Commission nationale de l'Informatique et des Libertés s'attaquait au projet Hadopi. Peu de temps après, c'est le
Conseil d'État qui
sortait les griffes. Alors que l'on pensait que cela ne pouvait pas être pire, Free et l'
Association des fournisseurs d'accès et de services Internet enfonçait un peu plus le texte. Plus récemment encore, la riposte graduée se faisait remonter les bretelles par le
parlement européen. Ô monde cruel...
Je t'aime, moi non plus.
Malgré ce déchaînement de haine, de mauvaise foi, d'attaques blessantes et injustifiées, la réponse graduée demeure, encore et encore. Oui, celle qu'on a crue morte et enterrée à plusieurs reprises a fini par réussir à s'attirer les faveurs arrachées de la CNIL et de bien d'autres. Et même lorsque les accords s'avèrent impossibles, c'est notre Président de la République, en personne, qui accourt au chevet de l'enfant malade.
Oui, très attentionné, celui-ci a repris en main le dossier, en signifiant au Président de la Commission européenne la volonté de la France d'entériner l'amendement européen source de tous ces nouveaux déboires. Une fois plus, coriace, la riposte graduée renaît ainsi de ses cendres. Même un magnat du porno allemand a décidé d'apporter
son soutient inespéré et inattendu au principe de la réponse graduée. C'est dire...
La riposte ne sera pas Free...
Lorsque les fournisseurs d'accès à Internet apprennent que ce « flicage » des réseaux coûtera plus de 6,7 millions, la gronde monte. Free et l'AFA se joignent alors à l'indignation générale des Internautes et défenseurs de la vie privée : «
rien n'est proposé à l'Internaute ! On parle de le sanctionner, de mettre en place une mesure rejetée par le reste de l'Europe, et cela à la charge des FAI. Si l'industrie du contenu veut poursuivre les internautes, qu'elle le fasse ! Mais qu'elle n'aille pas en plus demander aux opérateurs privés, dont ce n'est pas le rôle, d'assumer cette mission ».
Le coup de grâce.
Alors que rien ne semblait pouvoir être pire, la ministre de la Culture s'apprête à porter le coup de grâce, puisque la loi devrait arriver pour novembre. En attendant, les internautes français retiennent leur souffle. La résistance s'organise même au-delà de nos frontières avec le développement de clients P2P anonymes... Le désespoir et l'angoisse sont le lot quotidien des Internautes désormais...
Et pour l'instant, la riposte graduée est la seule gagnante. Sa résistance aura effectivement défrayé la chronique : malgré toute l'opposition à laquelle elle a dû faire face, son adoption est plus proche que jamais... Trébuchera-t-elle à la ligne d'arrivée ou la passera-t-elle la tête haute ? Seul l'avenir nous le dira.