«
Riposte », «
graduée », «
Hadopi ». S'il y a bien trois mots que je ne sais plus mettre en pâture, trois mots qui suffisent à m'agacer d'emblée, ce sont bien eux. Et je pense pouvoir dire — sans me mouiller — que je ne suis pas le seul. En effet, les idioties et bêtises qu'ils incarnent sont la plupart du temps déconcertantes, pour ne pas dire ridicules.
Et pour cause !
C'était bien connu, et l'Hadopi ne fait que le confirmer : Internet est responsable des famines en Afrique, Internet est responsable de la guerre en Iraq, Internet est responsable du réchauffement de la planète, Internet est responsable de la crise financière [...]. Bref, Internet, c'est le mal incarné. Ce n'est ni l'industrie du disque ni celle du cinéma, agonisantes — le mot est faible — qui diront le contraire.
Crocodile, crocodile, montre-moi tes larmes...
Et si l'on ne peut, dès le début, que «
plussoyer » face au constat des majors, c'est tout simplement que ce constat, celui sur lequel la riposte graduée se base, est totalement impartial et honnête. En effet, pendant que la SACEM
se lamente et crie sur tous les toits, à qui veut l'entendre, que le téléchargement illégal est source de terribles pertes,
on apprend malgré tout que les recettes des concerts ont progressé de 8,7 % cette année et que les perceptions dues à la diffusion de musiques dans les lieux publics ont également augmenté de 5 %. Du côté du cinéma aussi, les offres de vidéo à la demande connaissent un engouement sans précédent, et les ventes de billets sont relativement stables.
Alors, certes, je l'avoue, j'ai fait ma mauvaise langue : l'industrie du CD — technologie de pointe face à l'ère du numérique — et l'industrie du DVD — technologie de pointe face à l'avènement de la HD et le Blu-Ray — connaissent effectivement une crise sans précédent. À qui la faute : aux méchants pirates, bien sûr.
Vite, retournons à l'âge de pierre !
Car si le comportement des consommateurs a radicalement changé, celui de ces industries, non. À ce jour, trop peu d'alternatives légales et d'offres parallèles existent. Ces industries préfèrent se morfondre sur leur — terrible — sort que de se remettre en question, comme lors des précédentes crises : on se rappelle tous des zones de turbulences traversées avec la radio et de la cassette notamment.
Résumons. Actuellement, j'ai d'un côté la possibilité d'acheter une musique, 2 € disons, que je ne pourrais écouter que sur mon iPod, et sur aucune autre plateforme. Pire encore dans certains cas, cette musique — ou vidéo — ne fonctionnera qu'un temps limité. De l'autre côté, j'ai la possibilité de télécharger — illégalement — un morceau lisible sur toutes les plateformes, sans aucune limite de temps. En tant qu'individu rationnel, c'est bien sûr avec une extrême logique que je vais me diriger vers la première offre... Surtout qu'en choisissant la première offre, j'encourage et j'aide la SACEM, si bienveillante à mon égard. Oui,
Laurent Petitgirard, président de la SACEM,
indiquait récemment qu'il n'y avait «
pas de volonté répressive » dans l'action de l'organisme, en se lamentant toutefois «
qu'aucune peine de prison » et que «
des sommes extrêmement modestes » aient été prononcées envers les pirates. Cherchez l'erreur...
Ainsi, alors qu'un besoin urgent d'alternatives légales se fait sentir, l'industrie musicale persiste et signe. Non seulement celle-ci poursuit sa politique de vendetta envers les internautes, mais elle souhaiterait également asseoir ses sources de revenus.
Le beurre et l'argent du beurre
«
La valeur unitaire de la musique en téléchargement se casse la figure. Comment peut-on faire face à cette dévalorisation de l'œuvre pour qu'il reste quelque chose dans la filière ? ». Voilà une phrase qui est claire et qui résume tout : même le téléchargement légal ne convient pas à la SACEM, puisqu'il rapporte trop peu d'argent ! Il ne fait nul doute qu'un retour en arrière, sans Internet, serait bien préférable...
Pire encore, alors que les CD, les disques durs, les lecteurs MP3, les clefs USB, les CD et DVD vierges, j'en passe et des meilleurs, sont déjà taxés,
la SACEM souhaiterait rajouter une taxe sur les FAI qui ressemblerait étrangement à la défunte licence globale.
Ainsi, une fois de plus, plutôt que de se remettre en cause, cette industrie reste bloquée sur la situation qui était celle d'avant Internet, aujourd'hui démocratisé, avec les conséquences indélébiles que cela comporte.
« L'Hadopi m'a tuer »* !
Ainsi, si l'Hadopi m'a obligé d'arrêter d'aller jouer à l'apprenti pirate, il y a une action qu'elle ne m'obligera pas à effectuer (pour le moment) : bouger de ma chaise et me rendre à la FNAC acheter le nouveau CD de Jennifer.
Car pour ma part, jamais je ne soutiendrais une industrie n'ayant aucun respect envers le consommateur, considéré comme un vulgaire moyen de s'enrichir. Ainsi, je ne peux qu'encourager les initiatives légales que sont
Deezer,
M6 Replay, et encourager au boycott de l'industrie du disque et du cinéma, jusqu'à ce qu'elles comprennent que l'internaute n'est pas un ignoble ennemi, mais un ancien, un futur, et peut-être même un client actuel.
Peut-être, ont-elles besoin de comprendre qu'Internet, comme toute révolution technologique, apporte son lot de modifications, qu'elles le veuillent ou non. Peut-être aussi, ont-elles besoin de comprendre que le bâton a rarement un effet bénéfique. Peut-être enfin, doivent-elles envisager que le téléchargement illégal puisse ne pas avoir d'effet négatif sur les ventes : en témoigne le succès de
Bienvenue chez les Ch'tis,
au cinéma comme
en DVD, malgré qu'il ait été le film
le plus téléchargé de l'année et que l'industrie du DVD traverse une crise.
Ici, plutôt que de mettre en place des offres de substitution, positives sur le long terme, l'Hadopi adopte une politique de répression — de sensibilisation selon les instances dirigeantes — qui sera dépassée d'ici des mois, voire des années. En effet, la fronde s'organise déjà, à travers le P2P anonyme notamment, qui mettra rapidement à mal les projets de
Dédé ça va couper...
Alors, à la place, qu'on nous apporte des offres de téléchargement sans DRM ! Qu'on arrête de nous taxer à tout va pour le téléchargement illégal, alors que ce dernier n'est pas censé être toléré ! Qu'on nous offre des produits culturels de qualité ! Qu'on arrête de nous considérer comme responsables de tous les maux de ces industries ! Et si Internet est si nuisible, pourquoi ne pas le supprimer, tout simplement ?
L'épier ? Ah, c'est déjà prévu avec l'Hadopi... Alors, préparez-vous,
ça-va-couper.fr !
*
« m'a tuer »