L’offre légale : jusqu’où doivent aller les efforts ?

HADOPI : cela fait des années que l’on en entend parler, et il faut dire que, ces derniers temps, sa mise en application a été accélérée. Pour un bref rappel, l’objectif premier de l’HADOPI est de combattre le téléchargement illégal d’œuvres protégées par droits d’auteurs : jusque-là, on ne peut difficilement trouver ce combat injuste. Ce qui l’est plus, pour certains, c’est la façon dont le gouvernement s’y prend pour combattre ces comportements.

Plus que le gouvernement, ce sont surtout aux majors de l’industrie de la musique, du cinéma ou encore du jeu vidéo de faire des efforts, clament souvent les anti-HADOPI.

Mais jusqu’où doivent aller ces efforts ?

Spotify, la fin d’un modèle parfait ?


A son arrivée, Spotify a plutôt chamboulé le monde du streaming légal de la musique avec son service : un catalogue conséquent issus de divers labels, accessible gratuitement dans l’offre de base, par le biais d’une application et d’une connexion à Internet, avec une interface intuitive et des temps de chargement négligeables. Dès lors, beaucoup auront délaissé YouTube et sa qualité sonore qui laisse parfois à désirer, ou la radio et ses choix définis par la maison : cette fois-ci, on pouvait se créer une playlist de plusieurs dizaines d’heures, avec pour seule contrainte, une publicité de quelques secondes diffusée aléatoirement entre deux morceaux.

Cependant, toutes les bonnes choses ont une fin, et Spotify n’y a pas échappé : il y a quelques semaines, l’équipe suédoise qui développe Spotify a annoncé devoir ajouter des limitations à son offre gratuite. Ainsi, après 6 mois d’inscription, les utilisateurs se verront limiter à 10 heures d’écoute par mois et une écoute limitée à 5 fois chaque morceau.

Bien évidemment, Spotify a des alternatives à ces contraintes : des offres payantes. Pour environ 5€ ou 10€ par mois, vous pouvez avoir un accès illimité, sans publicité et depuis divers supports (smartphones notamment) au catalogue de Spotify.

Dès lors, un débat s’est plus ou moins créé aux 4 coins de la toile : cette décision de Spotify est-elle légitime ? Ce qui nous amène à la question posée par cet article :

Jusqu’où doivent aller les efforts de chacun ?

Le streaming ? Oui, c’est bien, mais…


Le streaming ne semble pas vouer à être une solution à long terme pour l’industrie du monde musical, comme semble le penser Pascal Nègre :

Quand on voit des gens qui écoutent 35 fois la même chanson, vous vous dites qu’au bout d’un moment, le gars, il faut qu’il aille acheter le titre.

Peut-on lui donner tort ? Au bout d’un certain nombre d’écoutes d’une musique, ne serait-il pas plus logique d’acquérir le titre afin de pouvoir en jouir de manière illimitée, sur tout support souhaité ?
Dès lors, le streaming deviendrait un intermédiaire dans le processus d’achat d’une musique, qui nous permettrait à la fois de découvrir de nouveaux artistes ou de nouveaux morceaux, tout en n’étant pas limité aux classiques 30 secondes d’écoute octroyées habituellement par les plateformes de téléchargement légales.


Là où le bât blesse, c’est dans les offres payantes proposées par les services de streaming comme Spotify.
Certains y trouvent totalement leur compte : pour environ 10€ par mois, à l’heure des smartphones, ils ont accès au catalogue Spotify en illimité, partout où ils sont, même lorsqu’ils n’ont pas Internet, grâce à une liste de lecture hors-connexion permettant le stockage de 3 333 morceaux. Quand on sait qu’un album se vend entre 10 et 15€ la plupart du temps, et qu’avec une telle offre, on a accès à des milliers et des milliers de morceaux, on se dit que le prix est à la limite dérisoire.
Mais tout le monde n’adhère pas à ce principe, car une fois l’abonnement terminé, vous pouvez dire au revoir à tous ces avantages et vous n’aurez rien acquis au final. Or, payer pour du temps d’écoute, ce n’est pas quelque chose de logique et de juste pour tout le monde. Pourtant, on pourrait rapprocher ce principe du cinéma : on se rend dans une salle pour visionner un film qui ne nous appartiendra pas tant que l’on n’aura pas fait l’effort d’aller acheter le support DVD, Blu-Ray ou dématérialisé. Cet argument n’est pas valable pour tout le monde, je l’accorde, car beaucoup recherchent au cinéma des moyens techniques qu’ils ne peuvent pas forcément mettre en œuvre chez eux.

Le streaming ne fait donc pas l’unanimité, et ne semblerait donc pas, à terme, un modèle satisfaisant pour les personnes qui, aujourd’hui, téléchargent illégalement des œuvres protégées par droits d’auteurs.

Trop de mauvaises habitudes chez les majors et les téléchargeurs ?

La principale opposition entre les majors et les téléchargeurs illégaux : les DRM. Ces verrous numériques, qui empêchent souvent toute interopérabilité, à l’heure où l’on écoute de la musique sur de plus en plus de supports (home cinema, consoles, smartphones, etc.), devraient disparaître des plateformes de téléchargement pour donner l’impression aux acquéreurs d’avoir en leur possession un produit pleinement utilisable.
Il faudrait donc que les majors comprennent et adoptent clairement le principe du contenu dématérialisé. En effet, leur principal crainte avec système, qui présente l’avantage d’avoir moins d’intermédiaires que le circuit traditionnel et donc de redistribuer différemment les revenus, est de voir le contenu copié à l’infini et, dans un cas extrême, ne voir qu’une personne acheter un contenu et le partager à la Terre entière ensuite. Or, si dupliquer un tel contenu est en effet facile, qu’il y a-t-il de compliqué à ripper (faire une copie du contenu d’un support sur le disque dur) un CD, DVD ou Blu-Ray à l’heure actuelle ? Les majors risquent donc d’être toujours confrontés au même problème, et devraient peut-être penser à arrêter de faire la course à la protection avec les pirates (protections qu’ils prennent un malin plaisir à casser en un temps record à chaque fois), et les choses pourraient peut-être commencer à bouger dans le bon sens.

En prenant du recul, on peut facilement penser qu’il est assez grave d’en arriver au point où c’est aux majors, qui essaient de protéger leurs contenus, de faire un pas vers les téléchargeurs, alors que ce sont ces derniers qui sont dans l’illégalité. Certes.

Mais c’est peut-être parce que les mauvaises habitudes sont désormais trop bien ancrées chez les téléchargeurs illégaux.

Napster, KaZaA, eMule ou liens directs : depuis plus de 10 ans, certains ne jurent que par ces méthodes d’acquisition d’œuvres, et n’ont plus dépensé un euro dans ces achats depuis.

Sera-t-il alors si facile pour eux de changer leurs habitudes ? N’est-ce pas devenu « trop » normal de télécharger illégalement et donc, gratuitement, des œuvres protégées par droit d’auteur ? Va-t-il être facile de dire aux personnes qu’il va falloir (re)mettre la main à la poche pour acquérir ces produits culturels ?


Quelle solution ? La licence globale (payer une taxe sur son abonnement internet d’environ 5€, par exemple, pour compenser le manque à gagner des majors), qui semble ravir les téléchargeurs illégaux, mais qui ne convient pas du tout aux majors et autres producteurs. L’abandon des DRM sur des morceaux à environ 1€ et des albums à 10-15€ permettra-t-il une migration massive des téléchargeurs illégaux vers le droit chemin ? Peu probable, non ?

Le chemin semble alors long, très long, avant de retourner vers une certaine normalité…

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