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Internet nous rendra-t-il bête ? Compte-rendu d'une étude sérieuse

Internet nous rendra-t-il bête ? Compte-rendu d'une étude sérieuse

Un débat intéressant refait surface à l'heure ou Google remplace la bibliothèque municipale, et Facebook notre téléphone portable (pour ne pas dire notre papier à lettre). Ce débat est suscité par « The Pew Internet & American Life Project » qui en collaboration avec « Elon's University » publie les résultats de son étude sur « Le futur d'Internet, projection en 2020 ». En quelques sortes, est-ce qu'Internet nous rendra plus stupide ? Comment impactera-t-il sur notre manière de réfléchir et de nous informer ? D'après les dires des 895 experts en technologie questionnés (critiques, bloggeurs, avocats, professeurs, chercheurs, businessmen) la réponse serait non. Sommes-nous sauvés ?



D'ici 2020 pour 76% des personnes du panel interrogées, « Le recours à Internet augmentera l'intelligence humaine. L'accès libre à un volume d'information en constante augmentation aidera les personnes à faire de meilleurs choix ». 21% des sondés estiment à l'inverse que le recours systématique au web réduira le quotient intellectuel moyen. Parmi cette minorité Nicholas Carr, auteur en 2008 de « Is Google making us stupid ? » explique son raisonnement : « l'impact du Net sur notre quotient intellectuel n'est pas la seul variable à prendre en compte pour évaluer l'impact sur notre intelligence. Le Net réduit notre ouverture d'esprit dans le sens ou l'on a tendance à perdre du temps en consultant des tonnes de bribes d'information, au détriment d'informations étudiant chaque sujet en profondeur ». Un phénomène qu'il nomme « intelligence contemplative » au détriment de « l'intelligence utile ».

Pour les défenseurs de la « Web intelligence », un accès facile à un volume d'information de plus en plus conséquent d'ici 2020 développera l'esprit critique à l'échelle de la société, qui en ressortira plus éclairée. En quelque sorte l'intelligence collective par le biais de l'échange et du partage l'emporterait sur l'intelligence à l'échelle de l'individu.

Second volet de l'étude, Internet « permet-il d'améliorer le niveau de lecture, d'écriture et de connaissance? ». 65% du panel a répondu par Oui en expliquant qu' « un nombre croissant de personnes pourront grâce à Internet s'investir dans la création de supports écrits ou visuels, améliorant ainsi le niveau général d'alphabétisation ». Quant aux 32% d'avis négatifs, ils défendent tout particulièrement le rôle de la Presse qui serait le seul support à même d'instaurer et faire respecter les règles de l'écriture. Pour Alex Halavais, vice président de « l'Association des Chercheurs du Web » (Association of Internet Researchers) les individus les plus lettrés ne sont et seront pas ceux qui disposent du plus grand volume d'information dans leur tête, mais plutôt ceux étant capables de trouver et assimiler des choses nouvelles le plus rapidement.

Pour Anthony Townsend directeur à l'Institut Palo-Alto pour la recherche et du futur « d'ici 10 ans les personnes partageront de plus en plus de volumes d'information. Mais il existera à l'inverse plus de moyens afin de contrôler ceux-ci. Cela se visualise aujourd'hui sur la plateforme Facebook où les jeunes portent une extrême attention à ce qu'ils rendent public ou gardent en privé ».

Pour David Clark scientifique au laboratoire « MIT Computer Science », nous pourrions d'ici dix années « perdre notre capacité à écrire, dans le sens littéraire du terme si l'éducation n'insiste pas sur ce point. En revanche les e-mails stimuleront la formalisation écrite des idées. [...] Notre lecture se limitera en grande partie aux medias électroniques, mais les livres survivront à l'école en tant que vecteurs de connaissance et outils d'éveil ».

Pour Patrick Tucker (The Futurist Magazine) la culture littéraire est également en danger. Alors que nous passerons moins de temps à lire des livres, nous produirons un volume d'information de plus en plus grand. Cette tendance impactera sur le niveau culturel si les internautes ne font pas preuve d'un plus grand esprit critique. L'environnement Web 2.0  (les blogs, commentaires en ligne, pages Facebook, conversations etc.) et son modèle de génération de contenu n'incite pas à faire d'efforts d'écriture ni de style.

Au sein de ce rapport dont je n'extraie qu'une partie des idées et analyses intervient un volet sur l'équilibre entre le partage d'informations et la défense de la vie privée. Pour 55% du panel de professionnels les internautes pourront encore communiquer de manière anonyme et privée en 2020. 41% sont bien moins convaincus, et 4% ont déjà peur d'y répondre ! Selon « The Institute for the Future », si l'on regarde 15 années en arrière, « les gouvernements le désirant ont pu imposer leur souveraineté sur le Web et la notion de surf anonyme est obsolète en regard du fonctionnement du Web. Il est facile pour un gouvernement d'identifier la provenance de données, d'activités d'un individu en ligne à moins que ce dernier n'ait pris de mesures drastiques, voir extrêmes afin de se protéger [...] La plupart du temps chacun a connaissance de l'exposition de son image sur le Net, mais souvent la prise de risque l'emporte sur le concept d'anonymat ».

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