Chlorure de vinyle dans l'eau du robinet : qui est concerné par les vieilles canalisations en PVC, et que faire
Certaines canalisations publiques en PVC posées avant 1980 peuvent relâcher du chlorure de vinyle monomère (CVM), un gaz classé cancérogène, dans l'eau potable. Où se situe le risque, ce que doit faire le distributeur et ce que recommandent les agences régionales de santé.
Le chlorure de vinyle monomère, ou CVM, est un gaz incolore et très volatil, sans origine naturelle : il sert à fabriquer le PVC. Le Centre international de recherche sur le cancer le classe cancérogène certain pour l'homme, sur la base d'expositions professionnelles par inhalation à fortes doses. Il peut provoquer deux cancers du foie, dont l'angiosarcome hépatique.
Le sujet est revenu dans l'actualité début 2025, notamment avec les travaux du chercheur Gaspard Lemaire (université d'Angers), qui reproche à l'État d'avoir minimisé le problème. Depuis, des usagers et des associations ont engagé des recours contre des syndicats des eaux, dans le Loiret, la Sarthe, le Gers, la Corrèze ou la Dordogne.
D'où vient le CVM de l'eau du robinet
Seules les canalisations publiques en PVC posées avant 1980 sont en cause. Fabriquées avant l'amélioration du procédé, elles peuvent contenir jusqu'à 2 000 fois plus de CVM résiduel que les tuyaux posés depuis, qui en contiennent moins de 1 mg par kilo de PVC. Ce résidu migre peu à peu dans l'eau.
La présence de ces tuyaux ne suffit pas : il faut aussi que l'eau y stagne longtemps, et une eau au-dessus de 15 °C accélère la migration. Le risque concerne donc surtout les bouts de réseau en zone rurale et les abonnés isolés, rarement les villes où l'eau circule en permanence. Les canalisations intérieures d'eau froide des logements ne sont généralement pas en PVC.
La limite et le contrôle
La limite de qualité est de 0,5 microgramme par litre, fixée par la réglementation européenne sur l'eau potable. La France fait analyser le CVM dans le contrôle sanitaire de l'eau depuis 2007. En cas de dépassement confirmé, le distributeur doit prévenir l'agence régionale de santé (ARS) et purger le réseau au plus vite pour limiter la stagnation ; à plus long terme, il remplace ou tube les conduites concernées.
Si les purges ne suffisent pas, les habitants concernés reçoivent une restriction de consommation par courrier ou par téléphone. Selon l'ARS Nouvelle-Aquitaine, sans information reçue, le résultat est conforme.
Ce que recommandent les ARS en cas de restriction
- Ne pas boire l'eau du robinet et ne pas s'en servir pour préparer les aliments, sauf portée à ébullition (cuisson, boissons chaudes) : le CVM, très volatil, s'évapore.
- Continuer les autres usages : toilette, brossage des dents, lavage des légumes.
- Éviter les carafes à cartouche filtrante : usées, elles ne retiennent plus assez le CVM et peuvent même en relarguer.
- Une eau laissée 8 heures dans une carafe propre, à température ambiante, perd environ la moitié de son CVM : l'ARS peut le conseiller quand la teneur ne dépasse pas 1 µg/L.
Comment savoir si l'on est concerné
- Les résultats du contrôle sanitaire de votre commune sont publics sur eaupotable.sante.gouv.fr.
- La mairie ou le distributeur d'eau peut dire si le réseau qui dessert votre logement comporte du PVC d'avant 1980.
- En cas de non-conformité nécessitant une restriction, le distributeur doit vous prévenir.
Cette page reprend et met à jour un article publié sur Net-Actuality en janvier 2025. Sources : ARS Nouvelle-Aquitaine, ARS Grand Est.